jardin secret

Published on February 11 2016

Mon jardin est un jardin secret. Si secret qu’il m’arrive d’en perdre la trace. Armé d’un bâton, je le cherche au fin fond des broussailles et des ronciers qui constituent le principal de ma propriété. Car c’est un jardin à but lucratif. C’est-à-dire qu’il est presque entièrement comestible, je veux dire qu’il est potager. C’est là sa seule raison d’être.

Les jardins décoratifs ne servent à rien. La fleur n’est que d'un faible rapport, négligeable. Sans me vanter, mon potager s’apparente à une corne d’abondance. Cela ne peut faire que des jaloux et attirer les voleurs. D’où ces broussailles et ces ronciers qui, au fil des ans, l’ont rendu parfaitement inaccessible. Vu du ciel pourtant, je peux encore l’apercevoir. Pour être franc, l’abondance n’est plus ce qu’elle a été, la corne s’est racornie. Faute d’entretien peut-être. Par exemple l’aubergine ne vient plus. Le potiron prolifère. L’oseille, ça va.

La courgette est devenue cocon poilu. Mes salades forment une haie naturelle du plus bel effet. Je n’arrive plus à distinguer mes radis de mes betteraves. A mes poireaux, l’on pourrait y amarrer toute la flotte anglaise. Mes pastèques ont explosé sous l’effet de la chaleur : j’aperçois de beaux éclats sanglants accrochés à mes haricots effondrés. Les choux oui, mais sont-ce encore des choux? Les blettes, oui. Les melons, non. Dieu merci la fève s’est accrochée au toit de la cabane à outils et semble s’y cramponner avec vaillance. Je sens que tout ce monde-là n’attend que moi, mais je n’irai pas, je n’irai plus.

Written by Donald Murdock

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