Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /Fév /2009 18:30
 

Journal du coiffeur

2 juillet



Un jour, j'écrirai une lettre d'amour et je trouverai le moyen qu'elle la lise.

Je ferai courir le bruit que je vais monter sur mon beau cheval blanc.

Ou j'achèterai un trésor, des cordes, des munitions et deux redingotes de damas à fleurs.

Et je ferai un feu pour m'introduire chez elle et je mettrai ma main devant sa bouche pour l'empêcher de crier et pour l'embrasser.

Ou je dessinerai des lettres et des violons sur son grand lac gelé jusqu'à ce que je devienne son petit esquif brinquebalé par les flots et la tempête et conduit de force s'il le faut jusqu'à sa fondrière : "nous vivions dans une coquille, nous allons voler en éclats".

(Mais si je ne lui écris pas en vers, voudra-t-elle s'enfuir avec moi ? Et qui lui dira, "je m'intéresse à vos déplacements car ils intéressent, le ciel, la terre, les tremblements de terre, tout mes tourments", SI CE N'EST PAS MOI ?)


*

14 juillet

(Soir)


Un jour, j'écrirai une lettre d'amour et je trouverai le moyen qu'elle la lise.

Un jour, elle comprendra que j'aurai écrit toutes ces lettres parce que je n'arrivais jamais à écrire la même.

Un jour, elle trouvera toutes ces phrases et elle pourra choisir la plus belle.


Extraits du journal du coiffeur. Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir. Editions du Seuil.

Par tor-ups
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 14:27


Manière de faire tomber la pluie



& de faire se rejoindre deux mains


(invention du roi - projet abandonné)

Par tor-ups
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /Fév /2009 16:38
 

... Il y a d'abord les utopies. Les utopies, ce sont les emplacements sans lieu réel. Ce sont les emplacements qui entretiennent avec 1'espace réel de la société un rapport général d'analogie directe ou inversée. C'est la société elle-même perfectionnée ou c'est l'envers de la société, mais, de toute façon, ces utopies sont des espaces qui sont fondamentalement essentiellement irréels.


Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui sont dessinés dans l'institution même de la société et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d'utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l'on peut trouver à l'intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu'ils sont absolument autres que tous les emplacements qu'ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies ;
et je crois qu'entre les utopies et ces emplacements absolument autres, ces hétérotopies, il y aurait sans doute une sorte d'expérience mixte, mitoyenne, qui serait le miroir. Le miroir, après tout, c'est une utopie, puisque c'est un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s'ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là où je ne suis pas, une sorte d'ombre qui me donne à moi-même ma propre visibilité, qui me permet de me regarder là où je suis absent - utopie du miroir. Mais c'est également une hétérotopie, dans la mesure où le miroir existe réellement, et où il a, sur la place que j'occupe, une sorte d'effet en retour ; c'est à partir du miroir que je me découvre absent à la place où je suis puisque je me vois là-bas. À partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l'autre côté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis; le miroir fonctionne comme une hétérotopie en ce sens qu'il rend cette place que j'occupe au moment où je me regarde dans la glace, à la fois absolument réelle, en liaison avec tout l'espace qui l'entoure, et absolument irréelle, puisqu'elle est obligée, pour être perçue, de passer par ce point virtuel qui est là-bas.



Michel Foucault. Des espaces autres (1967), Hétérotopies.

http://www.foucault.info/documents/heteroTopia/


Par tor-ups
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Vendredi 30 janvier 2009 5 30 /01 /Jan /2009 09:41

 

Ordonnance n° 303.
Sur les couchers de soleil en corrélat de l'ordonnance n°302 sur les clins d'œil

(King's edict n° 303 about sunstrokes)


Enjoint le roi qu'on doive se préparer pour regarder chaque soir le soleil là où il devrait se coucher en pareil cas. Il est convenu que par simple clignement des yeux du roi, le Major ou Aide-Major ou Capitaine Des Jardins le plus éloigné doive opiner puis fermer les yeux le premier & ensuite les suivants chacun leur tour jusqu'au nouveau secrétaire des Affaires Urgentes & jusqu'à la reine qui se tiendront tout deux aux côtés du roi qui opinera & fermera les yeux le dernier au  moment où le soleil devrait disparaître en pareil cas. (The King orders to be ready to observe, every evenings, the sun where it should set in such a case & so on.)




Ordonnance du roi n° 417.
Sur la nouvelle façon de quitter le roi & sur la manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir

(King's Edict n°416 )


Ordonne le roi à chacun de le quitter sitôt le moment voulu par lui en opinant de la tête & en restant tourné & courbé vers lui tout le temps qu'il faudra en reculant & revenant à petits pas comptés vers le roi jusqu'à un signe d'adieu d'icelui.


Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir. Pascale Petit. Editions du Seuil.

Par tor-ups
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mercredi 28 janvier 2009 3 28 /01 /Jan /2009 21:19

 

Vous savez que quelques sages ont tenu qu'il y avait plusieurs mondes. Les uns les mettent dedans les planètes, les autres dans les étoiles fixes : et moy je croy qu'il y en a dans la lune. Ces taches que l'on void en sa face quand elle est pleine, je croye pour moy que c'est la terre et qu'il y a des cavernes, des forests, des Isles et d'autres choses qui ne peuvent pas esclatter : mais que les lieux en sont resplendissans, c'est où la mer estant claire reçoit la lumière du soleil comme la glace d'un miroir. Hé, que pensez-vous, il en est de mesme pour cette terre où nous sommes, il faut croire qu'elle sert de lune à cet autre monde.


Histoire comique de Francion. Charles Sorel.


Par tor-ups
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires

Présentation

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés