Journal du coiffeur
2 juillet
Un jour, j'écrirai une lettre d'amour et je trouverai le moyen qu'elle la lise.
Je ferai courir le bruit que je vais monter sur mon beau cheval blanc.
Ou j'achèterai un trésor, des cordes, des munitions et deux redingotes de damas à fleurs.
Et je ferai un feu pour m'introduire chez elle et je mettrai ma main devant sa bouche pour l'empêcher de crier et pour l'embrasser.
Ou je dessinerai des lettres et des violons sur son grand lac gelé jusqu'à ce que je devienne son petit esquif brinquebalé par les flots et la tempête et conduit de force s'il le faut jusqu'à sa fondrière : "nous vivions dans une coquille, nous allons voler en éclats".
(Mais si je ne lui écris pas en vers, voudra-t-elle s'enfuir avec moi ? Et qui lui dira, "je m'intéresse à vos déplacements car ils intéressent, le ciel, la terre, les tremblements de terre, tout mes tourments", SI CE N'EST PAS MOI ?)
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14 juillet
(Soir)
Un jour, j'écrirai une lettre d'amour et je trouverai le moyen qu'elle la lise.
Un jour, elle comprendra que j'aurai écrit toutes ces lettres parce que je n'arrivais jamais à écrire la même.
Un jour, elle trouvera toutes ces phrases et elle pourra choisir la plus belle.
Extraits du journal du coiffeur. Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir. Editions du Seuil.